Pnl et Qi Gong : voies de l'harmonie

  

La programmation neuro-linguistique (PNL) est apparue dans les années soixante-dix en Californie sous l’impulsion de Richard Bandler et de John Grinder qui ont eu l’idée de modéliser l’excellence humaine, c’est-à-dire d’extraire les savoir-faire de personnes qui excellent dans leur domaine afin de les transférer vers des personnes intéressées par ces aptitudes.

Le Qi Gong, pratique millénaire venant d’Asie, s’apparente à une gymnastique douce dont le but fondamental est d’équilibrer les souffles subtils (qi) afin de créer une meilleure circulation des fluides du corps pour une santé optimale.

Lorsque j’ai commencé mon cursus en PNL, je pratiquais déjà assidument le Qi Gong depuis 20 ans. De formation universitaire en linguistique anglaise, c’est tout naturellement que je me suis senti attiré par la PNL, dont l’appellation faisait résonnance avec mes premiers amours. Je n’établissais pourtant alors strictement aucun lien entre ces deux disciplines. Selon mes croyances de l’époque, l’occident et l’orient envisageaient la vie sous des angles tellement différents que je ne pouvais entrevoir aucun parallèle entre ces deux modèles. En commençant les cours de PNL, je m’apprêtais donc seulement à découvrir un outil qui me serait utile dans mon activité professionnelle. En tous cas c’est ce que je croyais. Et ce que je sais aujourd’hui c’est que nos croyances sont aussi immuables que la longueur d’un cheveu. Ces convictions ayant été bien ramollies  lors du niveau technicien, le niveau praticien se chargea de m’ouvrir l’esprit à d’autres possibilités, d’envisager les choses sous des angles nouveaux, et ce qui me semblait totalement divergeant m’apparut de plus en plus convergeant.  Progressivement, La PNL et le QI Gong révélèrent leur lien inextricable. Ces deux modèles ne s’opposaient plus. Ils dessinaient la même trajectoire et entretenaient des liens de coopération. Mais de quelle trajectoire s’agit-il ? Comment une activité millénaire de pure essence énergétique pourrait-elle entretenir un quelconque lien avec un modèle aussi récent que la PNL ?

La réponse surgit lors d’un cours sur le modèle des parties lorsque l’une des formatrices, Geneviève Hayes lança de manière convaincante que le « développement personnel, c’est l’harmonisation de nos différentes parties ». A y regarder d’un peu plus près, il s’avère en effet que le QI Gong et la PNL visent tous les deux l’excellence humaine et que cette quête passe par l’harmonisation de tout ce qui constitue l’être humain. A quelle fin ? sans doute tout simplement pour toucher des états d’être essentiels tels que la paix et la sérénité ou tout autre état qui favorise le bien-être, quel que soit la définition que l’on veuille bien lui donner.

Nous explorerons au cours de cet essai les différents liens qui unissent ces deux disciplines, leurs points communs sur la voie du développement personnel ainsi que leur complémentarité sous-jacente.

Le grand but de la vie

Etre bien dans ses baskets

Un jour j’écoutais sur une chaine internet le maitre de Qi Gong Bruce Kumar Frantzis qui s’exprimait sur le taoïsme face à un journaliste spécialisé dans les arts énergétiques chinois. Lorsqu’on lui demanda quel était le but ultime du QI Gong, il répondit tout simplement « être à l’aise dans le monde ». J’ai entendu la même idée à différentes reprises lors des cours de PNL lorsque mes formatrices évoquaient l’idée d’« être à l’aise dans ses baskets ».  Que cela veut-il dire exactement ?

Être à l’aise signifie selon moi être capable de se fondre dans le changement. Être à l’aise c’est lâcher prise et suivre son chemin. Qu’est-ce qui nous en empêche parfois ? Cela se résume à nos blocages. Nos traumatismes émotionnels, nos peurs, les limites que l’on s’impose ou encore plus intrinsèquement l’absence de but dans la vie, font partie des choses sur lesquelles nous travaillons en PNL. Du point de vue du Qi Gong, étant donné que tout est énergie, nos blocages, quels qu’ils soient, sont de nature énergétique et peuvent être libérés par des techniques spécifiques physiques voire méditatives. Le cognitif semble s’opposer ici à l’énergétique mais nous verrons plus tard que les apparences sont trompeuses car tout est inextricablement lié.

L’art d’être aligné

Afin d’atteindre ses objectifs et d’être enfin à l’aise dans le monde, il convient pour commencer d’être aligné avec nous même vers nos objectifs. Pour explorer nos représentations internes, la PNL possède un outil fort intéressant répondant au nom de « niveaux logiques ». Développer par Robert Dilts, ce modèle nous permet de lire et de détecter d’éventuels blocages à certains niveaux de nos représentations sensoriels.

Lorsque tous ces niveaux sont alignés, nous nous sentons à l’aise et nous pouvons agir avec un maximum d’efficacité pour obtenir les résultats escomptés. La PNL travaille ainsi sur l’alignement et l’unité qui en résulte, sans quoi nous ne faisons que lutter dans le monde, sans harmonie, sans fluidité, trainant nos baskets trop petites ou trop larges, freinant non seulement notre liberté de mouvement dans le monde mais aussi notre liberté intérieure, celle de faire des choix qui résonnent avec notre être profond.

Le QI Gong porte aussi un intérêt particulier au fait d’être aligné. L’alignement commence par celui du corps. La posture respecte des principes qui permettent d’enraciner le corps à la terre et de laisser l’énergie et les fluides en libre circulation. Or l’alignement ne se joue pas uniquement sur le plan physique. Selon la perspective taoïste, l’être humain se compose de huit corps énergétiques, chaque corps supérieur résonnant à une fréquence vibratoire plus haute. L’adepte a pour objectifs de dissoudre les blocages énergétiques éventuels dans chaque corps afin de rétablir l’harmonie. A l’instar de la technique PNL « aligner les niveaux logiques », l’alchimiste taoïste, une fois libre de tout blocage, parvient à faire vibrer les corps énergétiques à l’unisson afin d’en former qu’un appelé le Ling, équivalent de l’âme dans notre culture. A ce jour j’ai pu vérifier dans ma propre expérience que lorsque les trois premiers corps (physique, énergétique et émotionnel) sont suffisamment alignés, la difficulté laisse place à l’aisance puis à la joie.  Le pratiquant entre alors dans l’expérience de wu wei, généralement traduit par action sans efforts, principe clé dans les arts internes taoïstes. Il est intéressant de constater que deux modèles d’origine culturelle différente et crées à des époques très éloignées partagent la même idée d’un être humain composé de différentes strates dont l’harmonie est garante de bien-être et de réalisation de soi.

Le modèle des parties de la PNL permet également d’effectuer un alignement intérieur. Il arrive parfois que différents aspects de nous-mêmes ne coopèrent pas, ce qui peut entrainer des auto- sabotages qui nous empêchent de réaliser nos objectifs. En questionnant ces parties et au travers de différentes techniques, la PNL apporte un nouvel équilibre menant vers l’aisance.

Une de mes formatrices, qui se reconnaitra dans ces lignes, lança lors d’un cours : « tout changement passe par un changement de croyances ou y aboutit. » Pour moi tout était dit. Les reconnaitre et les reconsidérer représente la voie de l’élégance et de l’harmonie. Nous retrouvons l’idée du recadrage dans la pratique méditative du qi gong appelé sheng gong. Puisque dans les arts internes taoïste tout est énergie, nos croyances limitantes et leurs blocages associés trouvent leur résolution dans le relâchement de l’énergie formant le blocage. Les techniques méditatives employées se nomment « dissolution externe » et « interne ». La première traite des blocages énergétiques physiques alors que l’autre, plus en lien avec nos émotions et nos constructions mentales, est plus proche de la PNL. Métaphoriquement il s’agit de transformer la glace ( le blocage énergétique ) en eau puis en gaz, pour ce qui touche à notre aspect le plus corporel, ou la glace en eau puis en espace intérieur pour ce qui est des plans plus subtils de l’être. Le fait de reconnaitre et de lâcher prise libère les blocages énergétiques qui sont neutralisés et réintégrés au champ énergétique global.  S’en suit un ressenti d’équilibre et d’unité au sein d’un nouvel espace de créativité.  Je crois également que tout est énergie. La science va dans ce sens. Voici un petit parallèle avec la PNL

Glace

Blocage énergétique

Trauma / croyance limitante

Eau

Ramollissement du blocage énergétique

Expérience du doute de la croyance

Gaz

Neutralisation énergétique

Abandon de la croyance

Espace

Installation d’une croyance aidante

Espace du tai chi * / possibilités infinies

  

*Le tai chi désigne l’espace dans lequel le yin et le yang sont en équilibre parfait.

Onde ou particule

En d’autres termes, énergie ou matière ? QI Gong ou PNL ? je dirais tout simplement que cela dépend de l’angle de vue mais qu’au final nous parlons de la même chose. Certaines personnes, plus cognitives vont préférer l’approche PNL, plus réfléchie, plus dans la représentation mentale. D’autres seront séduits par la philosophie taoïste mais au bout du compte, toutes ces personnes ressentiront un changement énergétique se produire en eux. Au final, c’est notre carte du monde qui s’enrichie. Au final, c’est l’être humain qui se libère.

Bien que de cultures différentes, nous avons vu que ces deux modèles poursuivent le même but, celui de la réalisation de soi. Que ce soit le modèle des parties de la PNL ou celui des corps subtils des taoïstes, c’est l’harmonisation de ces strates qui garantissent notre sentiment d’unité. Alignons-nous donc et soyons à l’aise dans ce monde dont l’unique constante est le changement.

Mutualiser les spécificités des deux domaines

En travaillant sur ces deux modèles je me suis rendu compte que l’un pouvait enrichir l’autre par ses spécificités. Les aptitudes que j’ai développé en qi gong m’ont permis d’améliorer ma maitrise des techniques de PNL et je dois avouer que les arts internes taoïstes peuvent aussi grandement bénéficier des apports de de la PNL. Voyons donc d’un peu plus près comment ces modèles peuvent se nourrir mutuellement.

Le rapport

Pouvoir se connecter à l’autre et à sa carte du monde est essentiel en PNL. C’est la condition sine qua non de la réussite de la communication et de l’accompagnement. Cette capacité à rester branché sur l’autre et non sur soi se nomme le tri sur l’autre. Cela évite de projeter ses propres constructions mentales sur l’autre et d’avoir accès à sa vérité. Le qi gong propose de quitter sa tête pour rentrer dans son corps. Cela veut dire concrètement abandonner ses pensées pour se placer au niveau kinesthésique qui mène à la sensation énergétique. Les taoïstes nous disent que le jour viendra où la tête finira par manger le corps. Nous pouvons le constater chaque jour dans notre société très cérébrale. Ecouter l’autre c’est non seulement l’écouter à travers nos oreilles mais surtout avec tout son corps. Dans le qi gong, chaque cellule qui compose le corps est consciente, chaque organe a une conscience. D’ailleurs on sait aujourd’hui que d’autres organes que le cerveau possèdent des neurones. Ainsi, le fait d’avoir développé la conscience du corps grâce au qi gong me permet de lâcher le mental et d’optimiser le rapport à l’autre, d’aller à la découverte de son modèle du monde et de créer un espace d’écoute active.

Un autre aspect du rapport réside dans ce que l’on appelle la synchronisation. L’idée est globalement de se mettre dans le même tempo de son interlocuteur, que ce soit physiquement, verbalement voire dans la même énergie. Puisque souvent l’autre fait peur, la synchronisation permet de créer un climat de confiance favorable à la communication. Chaque groupe à qui j’enseigne le qi gong est unique. Il possède sa propre identité ainsi que sa propre énergie. Depuis que j’étudie la PNL, Je calibre au mieux l’énergie du groupe et j’adapte mes comportements afin que la transmission atteigne l’objectif.

L’art de la communication indirecte

J’ai toujours observé la grande aisance avec laquelle mon professeur de qi gong transmet des concepts millénaires difficiles à appréhender pour nous autres occidentaux. Ses explications m’ont toujours parues limpides et c’est sans résistances que nous les absorbons. Mais d’où vient une telle capacité ? A l’instar d’un Milton Erickson, mon professeur Paul Cavel s’exprime beaucoup par métaphores. Les concepts difficiles à saisir par le cerveau gauche sont codés en métaphores de formes variées afin d’atteindre le cerveau droit , siège de l’intuition. J’ai pris conscience de cela en cours de PNL. Cette communication indirecte permet de saisir l’insaisissable, de contourner les résistances et de réaliser des transmissions qui feront leur chemin dans le cœur de l’adepte. Le livre clé du taoïsme , le tao te king, écrit par le sage Lao Tseu, comporte exclusivement des métaphores. Ce qui a été perçu comme un recueil de poèmes est en fait un manuel d’entrainement vers le bien être. Les maitres du tao étaient donc avant l’heure de grands pnlistes. Allez savoir ce que Bandler et Grinder auraient modélisé chez eux !

Générer des comportements nouveaux

En Chine, l’enseignement traditionnel du qi gong au grand public se fait avec peu d’explications. Le maitre se contente de réaliser les mouvements et laisse les étudiants l’imiter. Les meilleurs d’entre eux, capables d’observer finement l’essence du mouvement et de comprendre les enjeux sont sélectionnés et bénéficient d’enseignements privés et gardés secrets. Cette capacité à modéliser l’excellence me rappelle la technique PNL générer des comportements nouveaux. Il s’agit globalement d’observer les comportements d’un expert dans un domaine sur un écran imaginaire pour ensuite venir s’associer à lui. Le système nerveux enregistre de la sorte un nouveau comportement ainsi que de nouvelles sensations. J’ai utilisé cette technique lors d’un atelier de qi gong. Le groupe était composé de personnes qui pour la plupart étaient très mal coordonnées. Le mouvement que je souhaitais enseigner comportait pour eux une si grande difficulté que je pouvais à peine reconnaitre chez eux le mouvement que je venais de réaliser.  Je leur demandais de s’allonger et de me visualiser devant eux sur un écran et d’observer attentivement au ralenti l’ensemble du mouvement. Puis je leur dis de venir dans l’image et de faire comme s’ils étaient moi. Après quelques inductions pour développer les ressentis que j’observais en moi, je leur demandais de se remettre debout et d’exécuter à nouveau le mouvement. Un changement radical apparu. Non seulement le mouvement était correct mais tout le groupe bougeait de manière synchrone !

Les logiciels de l’esprit

Je remarque dans mes cours de qi gong que certaines personnes attendent de moi beaucoup d’explications détaillées alors que d’autres pratiquent selon une direction globale. Certains me demandent un protocole très structuré alors que d’autres laissent s’exprimer le mouvement intuitivement. J’ai aussi observé un de mes élèves qui n’était jamais d’accord avec moi avant finalement de trouver un terrain d’entente. Je trouve également des pratiquants persuadés de bien exécuter le mouvement  et qui me demandent peu de conseils alors que d’autres ont constamment besoin d’un avis extérieur. La liste est longue, je pourrais encore citer ceux pour qui le chemin est plus important que la destination ou encore ceux qui apprécient que je pose mes mains sur eux pour aligner leur corps alors que d’autres trouvent les informations dans les livres.

Tous ces aspects s’inscrivent dans ce que la PNL appelle les métaprogrammes. Ce sont des processus mentaux qui nous permettent d’organiser les informations que nous prenons de l’extérieur, des filtres qui déterminent comment nous réalisons ce que nous avons à faire dans notre quotidien. La PNL m’a permis de les détecter chez mes apprenants en qi gong. Je me sens plus apte à adapter mes explications et de cibler les exercices qui correspondent aux processus mentaux des pratiquants. Cela me permet personnellement de gagner en souplesse d’esprit, de me mettre à la place de l’autre et de développer certains métaprogrammes que j’utilise peu. Quel atout pour la communication !

Le feedback

J’ai souvent observé dans mon cursus de formations que les professeurs mettaient en relief les aspects négatifs des apprenants. Je me souviens d’un instructeur de qi gong qui me signalait tout ce qu’il y avait de négatif dans ma pratique. Ma motivation avait alors terriblement décliné. Un maitre que j’avais croisé lors d’une retraite m’a même demandé si j’avais déjà fait du qi gong ! je pratiquais seulement depuis 3 ans et alors que j’attendais des encouragements je me suis senti vexé. Avec le recul je me rends compte qu’il s’agissait d’une blague culturelle cherchant à me tester mais sur le coup je n’avais pas trouvé cela très aidant. J’étais jeune et si cela m’arrivait aujourd’hui je n’en ferais pas une affaire personnelle.

La PNL donne du feedback selon un protocole que je trouve beaucoup plus aidant. Nous commençons par reconnaitre des qualités présentes chez la personne que nous évaluons. Nous donnons par la suite une ou deux pistes d’améliorations pour finir par la reconnaissance d’une qualité globale indéniable. Cette manière de faire est source de motivation et de progrès car elle repose sur des principes respectueux et humanistes. La personne qui évalue garde à l’esprit qu’il s’agit seulement de son point de vue tandis que celle qui reçoit le feedback reste libre de prendre les conseils…ou pas.

J’ai parlé de cela à mon professeur de qi gong qui avait tendance à focaliser sur le négatif. Je l’entendis un jour distribuer des commentaires positifs à l’ensemble du groupe. La petite graine avait germé. Et je vis la motivation fleurir.

Quelques mots pour conclure

Il apparait clairement que la PNL et le qi gong proposent un travail menant vers l’harmonie. Je voudrais cependant souligner que ces deux modèles n’ont pas tout inventé. Ils ont en revanche démontré leur extraordinaire capacité à modéliser l’excellence.  Les taoïstes ont observé le fonctionnement de l’univers et la nature énergétique de l’être humain au travers de la méditation. Ils ont compris que nous étions régis par les mêmes lois qui gouvernent l’univers. Tout le travail consiste à réactiver nos ressources universelles et de prendre conscience que nous ne faisons qu’un avec notre environnement.

La PNL a fait ses preuves et ses techniques sont aujourd’hui validées par les neurosciences. C’est d’ailleurs ce que les deux modèles ont aussi en commun. Tous les deux, en avance sur leurs temps, gagnent chaque jour en reconnaissance au fur et à mesure que la science révèle l’essence des choses cachées. Profondément inscrits dans la loi du changement, ils portent en eux la racine stable et ancrée permettant à ceux qui le souhaitent d’évoluer vers les sommets de l’humanité.

Par Xavier Bénard

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