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Tigre et Dragon : du Qi Gong au Neigong

01 Mai 2021

Xavier Bénard pratiquant le Qi Gong Tigre et Dragon

Par Xavier Bénard

À première vue, Tigre et Dragon semble être un Qi Gong relativement simple.

Sept mouvements. Une forme assez courte. Des gestes fluides que l’on peut commencer à apprendre assez rapidement.

Mais derrière cette simplicité se cache un système énergétique d’une profondeur étonnante.

Car Tigre et Dragon possède une particularité : les mouvements restent les mêmes, mais la manière de les pratiquer peut évoluer considérablement.

À l’origine, le système travaille principalement avec le champ énergétique externe et le Wei Qi. Puis, au fil de sa transmission, des principes beaucoup plus profonds issus du Neigong taoïste y ont été intégrés.

C’est cette évolution qui permet de comprendre pourquoi sept mouvements relativement simples peuvent devenir le support de nombreuses années de pratique.

Une pratique issue d’une véritable lignée

Tigre et Dragon n’est pas à l’origine un Qi Gong taoïste.

Son histoire est associée à la tradition bouddhiste Chan chinoise. La pratique aurait été transmise pendant de nombreuses générations avant d’arriver jusqu’à Zhang Jia Hua, auprès de qui Bruce Frantzis l’a étudiée à Pékin dans les années 1980.

Zhang Jia Hua enseignait Tigre et Dragon comme un système de Qi Gong médical fondé notamment sur la relation entre les mouvements, le champ énergétique du corps et les méridiens utilisés en médecine chinoise.

Bruce Frantzis étudiait parallèlement auprès de Liu Hung Chieh, l’un de ses principaux maîtres taoïstes.

Liu reconnut dans les sept mouvements de Tigre et Dragon un excellent véhicule pour développer certaines capacités énergétiques. Il guida alors Bruce dans l’intégration progressive de principes plus profonds issus du Neigong taoïste.

C’est un élément essentiel pour comprendre la pratique actuelle.

Tigre et Dragon possède ainsi deux dimensions complémentaires : un Qi Gong médical ancien et, dans ses niveaux les plus avancés, un véhicule permettant d’intégrer des principes du Neigong taoïste.

Cette notion de lignée est importante à mes yeux. Dans les arts internes, une pratique n’est pas seulement une succession de mouvements. Elle est aussi le résultat d’une transmission, de l’expérience de ceux qui l’ont pratiquée et des connaissances transmises de maître à élève.

Le cœur du Tigre et Dragon originel : travailler avec le Wei Qi

Pour comprendre le fonctionnement énergétique de Tigre et Dragon, il faut revenir à une notion importante de la tradition énergétique chinoise : le Wei Qi.

Dans ce modèle traditionnel, le Wei Qi est notamment associé aux couches superficielles du corps et aux tissus situés entre la peau et les muscles. Il est également mis en relation avec le champ énergétique qui s’étend autour du corps.

C’est précisément cette relation qu’exploite Tigre et Dragon.

Les mains suivent des trajectoires très précises autour du corps, généralement sans le toucher.

Le pratiquant apprend progressivement à sentir, contacter puis mobiliser le champ énergétique externe associé au Wei Qi.

Ce travail constitue l’une des grandes particularités de la pratique.

On agit depuis l’extérieur pour influencer ce qui circule à l’intérieur.

Une logique proche de celle de l’acupuncture

Les sept mouvements de Tigre et Dragon suivent notamment les trajets de méridiens utilisés dans la médecine chinoise.

Selon ce modèle énergétique, le travail effectué sur le Wei Qi et le champ externe influence la circulation du qi associée à ces méridiens.

C’est pour cette raison que l’on peut établir un parallèle avec l’acupuncture.

Il ne s’agit évidemment pas d’acupuncture au sens strict : il n’y a ni aiguilles ni stimulation directe des points d’acupuncture.

Mais la logique énergétique présente une parenté : agir sur la circulation du qi à travers le réseau des méridiens.

Dans Tigre et Dragon, ce travail s’effectue par le mouvement, la présence et la capacité progressivement développée à contacter et mobiliser le qi.

La personne devient ainsi actrice de sa propre pratique énergétique.

Sentir le qi plutôt que l’imaginer

C’est ici qu’apparaît une distinction qui me semble fondamentale.

Il est relativement facile d’imaginer que de l’énergie circule.

Mais le travail recherché dans Tigre et Dragon est différent.

Il consiste à développer progressivement une capacité de perception.

Au début, le pratiquant apprend les mouvements et les trajectoires des mains.

Puis il commence à devenir plus sensible à ce qui se produit lorsqu’elles passent à proximité du corps.

Les perceptions peuvent d’abord être légères ou intermittentes.

Avec la pratique, l’objectif est de parvenir à contacter le qi avec davantage de précision, puis surtout à maintenir ce contact pendant le mouvement.

Savoir intellectuellement où le qi devrait circuler n’est pas la même chose que parvenir à le percevoir.

C’est là que commence véritablement le travail énergétique.

La feuille et le ruisseau

Une image utilisée dans l’enseignement de Tigre et Dragon permet de comprendre cette progression : celle d’une feuille portée par un ruisseau.

Au début, l’attention se porte principalement sur la feuille.

Dans la pratique, cette feuille peut être la main.

Lorsqu’elle se déplace devant le corps, l’esprit suit son trajet.

Mais une feuille n’existe pas indépendamment du courant qui la transporte.

Progressivement, le pratiquant ne cherche donc plus seulement à rester présent à sa main.

Il devient attentif au courant.

Le mouvement de la main, le trajet énergétique, le corps et la perception commencent progressivement à former quelque chose de plus continu.

On passe alors de :

« Je suis ma main. »

à :

« Je reste présent au courant dans lequel elle se déplace. »

Cette continuité est l’une des clés de la progression.

De l’intermittence à la continuité

Lorsque l’on commence à percevoir le qi, le contact est généralement intermittent.

On sent quelque chose.

Puis on le perd.

L’attention revient.

La perception réapparaît.

C’est une étape normale de l’apprentissage.

Le travail consiste progressivement à réduire ces interruptions jusqu’à pouvoir maintenir le contact énergétique pendant l’ensemble du mouvement.

Cette notion de continuité est fondamentale.

Car tant que le contact avec le Wei Qi reste fragmenté, ajouter davantage de complexité risque surtout de disperser l’attention.

La progression ne consiste donc pas simplement à connaître le niveau suivant.

Elle consiste à intégrer suffisamment le niveau actuel pour que le travail devienne naturel et continu.

Approfondir le Qi Gong en six niveaux

La pédagogie actuelle de Tigre et Dragon organise progressivement cet apprentissage.

Les anciens grands niveaux ont été redécoupés afin de permettre une progression plus fine. Ce qui constituait autrefois les premières grandes étapes du système est aujourd’hui réparti sur plusieurs niveaux.

Jusqu’au niveau 6, Tigre et Dragon reste fondamentalement dans la logique de son Qi Gong originel : développer progressivement la capacité à percevoir, contacter et mobiliser le qi, notamment à travers le travail du Wei Qi et du champ énergétique externe.

La précision augmente.

La continuité augmente.

La capacité à mobiliser le qi augmente.

Mais les sept mouvements restent les mêmes.

C’est un point important : ce Qi Gong est déjà un système complet en lui-même.

Les niveaux suivants ne viennent pas corriger une pratique incomplète. Ils lui ajoutent une autre dimension.

Quand le Qi Gong devient un véhicule pour le Neigong

C’est dans les niveaux avancés que l’apport de Liu Hung Chieh prend toute son importance.

Liu avait reconnu que la structure de Tigre et Dragon constituait un excellent support pour appliquer des principes issus du Neigong taoïste.

À partir de là, le travail change progressivement de profondeur.

Il ne s’agit plus seulement de contacter et mobiliser le Wei Qi ou le champ énergétique externe.

Le pratiquant commence à utiliser les mêmes sept mouvements pour développer un travail beaucoup plus profond à l’intérieur du corps.

Dans la description traditionnelle de ces pratiques, le contact avec le qi peut progressivement pénétrer différentes couches du corps : les tissus, les muscles, les structures internes, les os et, dans les niveaux les plus avancés, jusqu’à la moelle osseuse.

La forme extérieure n’a pratiquement pas changé. C’est la profondeur du travail intérieur qui s’est transformée.

Plus profond, mais aussi plus vaste

Cette évolution ne concerne pas uniquement la profondeur à l’intérieur du corps.

Elle concerne également le volume de perception et de qi avec lequel le pratiquant apprend à travailler.

Au début, l’attention peut être concentrée sur une main ou une zone relativement limitée.

Puis elle apprend à suivre un trajet.

À maintenir plusieurs relations simultanément.

À englober progressivement davantage du corps.

Et, dans les pratiques avancées, à développer une perception beaucoup plus vaste et tridimensionnelle du champ énergétique.

Dans la tradition, l’augmentation de cette capacité à contacter et mobiliser un plus grand volume de qi est associée au développement de la vitalité.

Mais cette expansion demande également davantage de présence.

Plus le travail devient profond et vaste, plus il devient nécessaire de maintenir simultanément relâchement, perception, présence et continuité.

Connaître un niveau n’est pas l’avoir intégré

C’est probablement l’un des pièges les plus fréquents dans les arts internes.

Notre compréhension intellectuelle peut progresser beaucoup plus rapidement que notre corps.

On peut connaître une technique sans être capable de la manifester.

On peut connaître le trajet d’un méridien sans sentir le qi.

On peut savoir ce que l’on devrait percevoir sans réellement le percevoir.

Et l’on peut connaître le contenu du niveau suivant sans avoir véritablement intégré le précédent.

Savoir n’est pas encore savoir faire.

C’est pourquoi la profondeur de la pratique vient moins de l’accumulation des techniques que de leur intégration.

Sept mouvements, des années de pratique

C’est probablement ce que j’apprécie le plus dans Tigre et Dragon.

On peut apprendre ses sept mouvements relativement rapidement.

Mais ensuite commence le véritable voyage.

Apprendre à relâcher.

À devenir précis sans créer de tension.

À sentir.

À contacter le Wei Qi.

À maintenir cette perception.

À rendre le mouvement et le qi plus continus.

Puis, beaucoup plus loin dans la pratique, à utiliser cette même structure pour explorer des couches de plus en plus profondes du travail interne.

Le système illustre ainsi un principe fondamental des arts internes chinois.

la profondeur d’une pratique ne dépend pas nécessairement du nombre de mouvements que l’on connaît, mais de ce que l’on est capable de développer à l’intérieur de ces mouvements.

Après des années de pratique, les sept mouvements sont toujours là.

Mais ils ne sont plus tout à fait les mêmes.

Parce que celui qui les pratique n’est plus tout à fait le même non plus.

C’est cette approche du travail énergétique et du Neigong que j’explore et transmets également dans mes cours de Qi Gong au Havre, ainsi qu’à distance en visioconférence.

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