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L’Hiver Dans La Vision Taoïste

26 Nov 2021

Paysage d’hiver illustrant la vision taoïste de l’hiver

Par Xavier Bénard

L’hiver occupe une place particulière dans la pensée taoïste et la médecine traditionnelle chinoise.

Alors que la nature ralentit, que les jours raccourcissent et que l’activité extérieure diminue, cette saison nous invite elle aussi à modifier notre rythme.

Dans la tradition chinoise, l’hiver est associé au Yin, à l’élément Eau et aux Reins. C’est une période de retour vers l’intérieur, de repos et de conservation de l’énergie.

Une invitation, finalement, à faire un peu moins et à écouter davantage.

L’hiver, saison du repos et de l’intériorisation

Dans la nature, l’hiver est une période où l’activité devient moins visible.

Les arbres ont perdu leurs feuilles, certaines plantes disparaissent presque entièrement et de nombreux animaux réduisent leur activité. Pourtant, ce calme apparent ne signifie pas que plus rien ne se passe.

La vie se concentre simplement davantage à l’intérieur.

Cette observation de la nature occupe une place importante dans la pensée taoïste. L’être humain n’est pas considéré comme séparé de son environnement : il appartient lui aussi aux cycles naturels.

Le Huangdi Neijing, l’un des grands textes classiques de la médecine chinoise, associe ainsi l’hiver à une période où l’on préserve davantage son énergie et où l’on évite une activité excessive.

Il ne s’agit évidemment pas d’hiberner pendant plusieurs mois, mais plutôt de reconnaître que notre rythme peut naturellement évoluer avec les saisons.

Les Reins et le Zhi dans la tradition chinoise

Dans le modèle traditionnel chinois, l’hiver et l’élément Eau sont associés aux Reins.

Il est important de préciser qu’en médecine chinoise, le terme « Reins » désigne un ensemble de fonctions énergétiques beaucoup plus large que les seuls reins considérés comme organes anatomiques par la médecine occidentale.

Les Reins sont notamment associés au Zhi (志), généralement traduit par « volonté ». Il s’agit moins ici de l’élan qui nous pousse à agir que d’une forme de volonté profonde, d’endurance et de capacité à mobiliser nos ressources.

On pourrait comparer cette énergie à une batterie. Elle constitue une réserve dans laquelle nous pouvons puiser lorsque nous avons besoin d’agir, de traverser une difficulté ou de soutenir un effort dans la durée.

L’élan qui met les choses en mouvement est davantage associé, dans la médecine chinoise, au Foie et au mouvement du Qi. Les Reins fournissent plutôt cette réserve profonde qui permet au mouvement de démarrer et de se maintenir.

L’hiver nous invite donc moins à mobiliser constamment cette réserve qu’à la préserver et à la nourrir.

L’élément Eau et l’art de laisser décanter

L’image de l’eau permet de comprendre assez simplement cette logique.

L’eau s’écoule naturellement vers le bas. Lorsqu’elle n’est pas agitée, elle devient progressivement calme.

Et lorsqu’une eau trouble reste immobile suffisamment longtemps, la boue se dépose et l’eau redevient claire.

Cette image apparaît magnifiquement dans le chapitre 15 du Dao De Jing :

« Avez-vous la patience d’attendre que la boue se dépose et que l’eau redevienne claire ? »

Cette image résume quelque chose d’essentiel dans la pensée taoïste : tout ne se résout pas nécessairement par davantage d’action.

Parfois, il faut simplement cesser d’agiter l’eau.

Cela vaut pour le corps, mais aussi pour le mental.

Adapter sa pratique du Qi Gong à l’hiver

Cette logique peut également influencer la manière de pratiquer le Qi Gong et les arts internes.

Dans la tradition que je pratique, certaines approches se prêtent particulièrement bien à cette période de l’année.

Le travail debout, par exemple, permet de ralentir le mouvement extérieur tout en développant l’écoute intérieure, le relâchement et la perception du corps.

Les mouvements peuvent également devenir plus continus, plus souples et plus fluides.

Dans des pratiques comme les Portes de l’Énergie ou les Mains Nuages, il est possible de porter davantage son attention sur le relâchement et sur les mouvements descendants.

L’objectif n’est alors pas nécessairement d’accomplir davantage.

On peut au contraire laisser de côté, pendant un moment, la volonté de réussir parfaitement une forme ou de corriger chaque détail.

Le mouvement devient une occasion d’écouter ce qui se passe à l’intérieur.

Faire moins pour percevoir davantage

C’est probablement l’un des enseignements de l’hiver que je trouve le plus intéressant dans les arts internes.

Nous avons facilement tendance à penser que progresser signifie toujours faire davantage.

Pratiquer plus longtemps. Ajouter de nouvelles techniques. Chercher des sensations plus fortes. Vouloir atteindre le niveau suivant.

Pourtant, une grande partie du travail interne consiste parfois à faire exactement l’inverse.

Ralentir suffisamment pour percevoir.

Relâcher suffisamment pour sentir.

Créer suffisamment d’espace pour que quelque chose puisse se transformer sans que nous cherchions constamment à le provoquer.

L’hiver nous rappelle que la transformation n’est pas toujours visible.

Dans la nature, ce qui semble immobile prépare déjà ce qui émergera au printemps.

Suivre les saisons plutôt que lutter contre elles

La vision taoïste ne consiste pas à appliquer rigidement une série de règles différentes à chaque saison.

Elle nous invite plutôt à observer les mouvements de la nature et à reconnaître que nous faisons nous aussi partie de ces cycles.

L’hiver peut ainsi devenir une période où l’on accepte davantage le repos, le silence et l’intériorisation.

Une période où l’on accumule moins d’activités et où l’on laisse davantage de place à ce qui est déjà là.

Et peut-être qu’en faisant un peu moins, nous devenons capables de percevoir beaucoup plus.

Cultivez votre Qi… et profitez de l’hiver pour ralentir un peu.

Cette approche du Qi Gong et des arts internes fait partie de ce que j’explore et transmets dans mes cours de Qi Gong au Havre, ainsi qu’à distance en visioconférence.

Les notions de Yin, de Qi, d’élément Eau, de Reins et de Zhi présentées dans cet article appartiennent au cadre traditionnel de la médecine chinoise et de la pensée taoïste. Elles ne correspondent pas directement aux concepts anatomiques et physiologiques de la médecine occidentale.

Envie de changer ce qui vous bloque ?

xavier bénard coach de vie