Pourquoi je n’arrive pas à changer malgré mes efforts ?
28 Août 2026
Par Xavier Bénard
Il arrive que nous sachions parfaitement qu’un comportement ou une réaction ne nous convient plus.
Nous voulons changer. Nous essayons de faire autrement. Nous comprenons parfois même très bien ce qui se passe.
Et pourtant, lorsque certaines situations se présentent, nous retombons dans le même fonctionnement.
Pourquoi ?
Dans ma manière de comprendre le changement, la réponse se trouve souvent dans une idée simple : certains de nos fonctionnements actuels ont été construits à une époque où ils avaient une fonction de protection.
Le problème n’est donc pas forcément que nous manquons de volonté. C’est parfois qu’un ancien programme continue à fonctionner alors que nous n’en avons plus besoin aujourd’hui.
Le mental cherche avant tout à nous protéger
J’utilise souvent cette idée dans mes accompagnements : notre mental ne cherche pas d’abord à nous rendre heureux, il cherche à nous protéger.
Au cours de notre histoire, et notamment pendant l’enfance, nous vivons des expériences à partir desquelles nous apprenons à nous adapter.
Face à une situation difficile ou émotionnellement marquante, nous pouvons mettre en place une manière de réagir qui, à ce moment-là, a du sens : éviter, contrôler, se faire discret, ne pas faire confiance, chercher constamment l’approbation, ne pas montrer ses émotions…
Ces réactions ne sont pas nécessairement apparues contre nous. Elles ont parfois constitué, à un moment donné, une manière de nous protéger ou de nous adapter à ce que nous vivions.
Mais ce qui était utile hier peut devenir limitant aujourd’hui.
Un événement peut devenir une croyance
Lorsqu’un événement nous impacte fortement, nous pouvons en tirer une conclusion.
Cette conclusion peut concerner ce que nous pensons de nous-mêmes, des autres ou du monde qui nous entoure.
« Je ne suis pas en sécurité. »
« Je ne suis pas à la hauteur. »
« Je ne peux pas faire confiance. »
« Je dois être parfait pour être accepté. »
« Je dois me protéger. »
Cette conclusion peut progressivement devenir une croyance à partir de laquelle nous allons percevoir et interpréter d’autres situations.
Et plus l’expérience est chargée émotionnellement, plus cette conclusion peut prendre de l’importance.
J’aime utiliser une image pour expliquer cela : l’émotion agit un peu comme une colle. Elle peut contribuer à ancrer fortement la conclusion que nous avons tirée de l’expérience.
Autour de cette croyance peut alors se construire tout un programme de protection.
Le problème : le programme continue alors que la situation a changé
Les années passent. Nous grandissons. Notre environnement change. Nous avons de nouvelles ressources et de nouvelles possibilités.
Mais certains anciens fonctionnements peuvent continuer à se déclencher comme si la situation initiale existait toujours.
Une image historique me semble particulièrement parlante pour expliquer ce phénomène.
Après la fin de la guerre du Pacifique, certains soldats japonais isolés ont continué pendant des années à se comporter comme si la guerre n’était pas terminée. Ils continuaient à appliquer les consignes correspondant à une réalité qui, ailleurs, avait déjà changé.
Certains de nos automatismes peuvent fonctionner de façon comparable.
La guerre est terminée, mais une partie de nous continue à défendre l’île.
Le danger appartient au passé, mais une ancienne stratégie de protection peut continuer à s’activer face à certaines situations présentes.
Pourquoi la volonté ne suffit-elle pas toujours ?
C’est ici que nous pouvons comprendre pourquoi décider de changer n’entraîne pas nécessairement le changement.
Notre partie consciente peut parfaitement savoir que la situation actuelle est différente.
Nous pouvons nous répéter : « Je n’ai plus besoin d’avoir peur », « Je peux faire confiance », « Je n’ai plus besoin de réagir comme ça ».
Et pourtant, lorsque la situation déclenchante se présente, l’ancienne réaction peut revenir.
Ce n’est pas nécessairement un manque de volonté. Nous essayons parfois de modifier consciemment un fonctionnement qui s’active de manière largement automatique.
Essayer encore plus fort n’est alors pas toujours la solution.
Retrouver ce qui entretient le programme
Dans mon accompagnement, l’objectif est donc de chercher ce qui entretient réellement le fonctionnement plutôt que de lutter uniquement contre sa manifestation.
Une croyance peut parfois être identifiée intellectuellement sans provoquer de réaction particulière.
Mais lorsque nous rencontrons une croyance et qu’une émotion apparaît, nous sommes potentiellement au contact de quelque chose de plus significatif pour la personne.
L’émotion devient alors une information précieuse.
Elle peut nous indiquer que nous ne sommes plus seulement en train de parler du problème, mais que nous touchons à quelque chose qui participe réellement au fonctionnement que nous souhaitons transformer.
Libérer l’émotion et remettre de la sécurité
Le travail ne consiste pas simplement à expliquer au mental qu’il n’a plus besoin de se protéger.
Comprendre est important, mais comprendre ne suffit pas toujours.
Selon la situation, le travail peut passer par un recadrage, afin de modifier la manière dont une expérience ou une croyance est perçue. À d’autres moments, une approche psychocorporelle peut permettre de travailler plus directement avec ce qui est ressenti.
Mais dans ma manière d’accompagner, deux éléments restent essentiels : libérer l’émotion associée à l’ancien fonctionnement et remettre de la sécurité là où le système continue à percevoir un danger.
Il ne s’agit donc pas de combattre le mécanisme de protection.
Au contraire, il s’agit d’une certaine manière de reconnaître qu’il a eu une fonction, puis de permettre à la personne de ne plus avoir besoin de cette même réponse aujourd’hui.
Changer, ce n’est pas se battre contre soi
Cette manière de voir les choses change profondément notre rapport à nos propres blocages.
Au lieu de nous demander :
« Pourquoi est-ce que je fais encore ça ? »
« Pourquoi est-ce que je n’ai pas assez de volonté ? »
« Pourquoi est-ce que je n’arrive pas à changer ? »
Nous pouvons commencer à nous poser une autre question :
« Qu’est-ce que ce fonctionnement cherche encore à protéger en moi ? »
Cette question ne signifie pas qu’il faut conserver indéfiniment nos anciens automatismes.
Elle permet simplement de les regarder autrement : non plus comme un ennemi à combattre, mais comme une ancienne réponse qui peut être devenue obsolète.
Faire comprendre que la guerre est terminée
Changer peut alors consister à permettre à cet ancien programme de recevoir une nouvelle information.
Ce qui s’est passé appartient au passé. La situation présente n’est plus la même. Les ressources dont nous disposons aujourd’hui ne sont plus celles que nous avions lorsque le fonctionnement s’est construit.
En travaillant sur la croyance, en libérant l’émotion qui lui est associée et en restaurant davantage de sécurité, l’ancienne réponse peut progressivement perdre sa nécessité.
Le changement ne consiste alors plus à forcer une partie de nous à déposer les armes.
Il s’agit de lui permettre de découvrir qu’elle n’a peut-être tout simplement plus besoin de se battre.