Les trois niveaux de pratique dans le tai chi et le qi gong

Beaucoup de gens méditent, mais, comme le fait remarquer mon professeur Bruce, cela ne vous dit pas vraiment ce qu’ils font. De même, la pratique du tai chi et du qi gong est en pleine croissance depuis un an, car l’accès aux enseignements n’a jamais été aussi facile – mais que faites-vous réellement ? Tout d’abord, vous pouvez faire à peu près tout ce que vous voulez. En tant qu’enseignant et fervent partisan d’un accès plus large aux enseignements, cette tendance a ses aspects positifs. Cela dit, il existe une hiérarchie, une manière éprouvée et authentique de s’entraîner au neigong qui a été développée à travers les âges. Indépendamment des formes que vous pratiquez, voici une brève feuille de route pour injecter un peu de qi dans votre tai chi et votre qi gong, et développer une pratique interne profonde.

 

Niveau 1 : Développement des tissus mous

Lorsque vous apprenez une nouvelle forme interne, vous commencez par vous concentrer sur ce que vous faites avec votre corporalité, c’est-à-dire votre chair et vos os, le mouvement de base et la façon dont vos tissus mous (à un degré ou un autre) activent les fluides et le qi de votre corps. Il ne faut pas se méprendre sur le fait que la pratique d’une forme de tai chi ou de qi gong à elle seule influence le qi, même si elle est beaucoup moins efficace que le travail direct avec le qi. C’est la raison pour laquelle il existe tant d’écoles d’arts internes qui n’enseignent aucun ou très peu de contenu interne (neigong). De nombreuses personnes ne réalisent pas le potentiel des arts énergétiques chinois, en particulier ceux issus du vieux taoïsme, plus connu sous le nom de tradition de l’eau, et se contentent donc de bien peu.

Lorsque l’on combine des exercices sur les tissus mous, tels que les flexions et les étirements, les torsions et les enveloppements, l’impact qu’ils peuvent avoir sur la culture énergétique se multiplie assez rapidement. En effet, l’étirement et la torsion des fascias, des muscles et des tendons font puissamment circuler les fluides dans tout le corps – et les fluides sont liés au qi et l’influencent. (Remarque : ne jamais tordre un ligament car cela peut entraîner une élongation, voire une rupture de l’articulation).

Niveau 2 : Développement des fluides

Le deuxième niveau de pratique consiste à influencer directement les fluides du corps, notamment :

Le sang – le moyen par lequel l’oxygène et les nutriments sont acheminés vers le fluide interstitiel et par lequel les déchets métaboliques sont éliminés de celui-ci. Le sang transporte également les globules blancs, un élément important du système immunitaire.

Le liquide interstitiel – entoure et lubrifie les tissus de l’organisme, et transporte les nutriments vers les cellules et les déchets métaboliques depuis celles-ci.

La lymphe – joue un rôle clé dans le nettoyage du liquide interstitiel des envahisseurs externes (tels que les bactéries) et, par conséquent, constitue également un élément important du système immunitaire.

Le liquide synovial – situé dans les articulations elles-mêmes, il est responsable du bon fonctionnement, de la croissance et de la réparation des articulations.

Cérébrospinal – il entoure le cerveau et la moelle épinière ; il est responsable de leur bon fonctionnement, de leur croissance et de leur réparation.

Lorsque les fluides corporels sont activés directement, plutôt qu’indirectement via des techniques de tissus mous, le deuxième niveau de pratique est initié.

Au début, les techniques visant à développer les tissus mous activent les fluides en raison des pressions exercées pendant le mouvement. Une fois que vous avez atteint un certain niveau d’habileté avec ce processus, vous pouvez développer la capacité de contacter directement les fluides avec votre conscience. Une fois ce contact établi, l’application de l’intention de l’esprit (par des techniques profondes d’ouverture et de fermeture ou de « pulsation ») peut être utilisée pour faire circuler puissamment les fluides du corps ; les fluides peuvent à leur tour déplacer vos tissus pour mettre votre corps en mouvement. C’est comme un bélier hydraulique : le fluide se déplace à l’intérieur d’un tube et le godet de l’excavateur creuse un grand trou dans le sol. Lorsque les fluides mettent le corps en mouvement, les nerfs abandonnent leurs résistances et toute dureté ou tension dans la chair se relâche avec elle ; le corps peut alors descendre dans un état de relaxation profonde tout en étant en mouvement.

Les techniques visant à influencer les fluides du corps servent également d’interface entre la chair et le qi. Naturellement, la manipulation des fluides exige plus de subtilité que le travail avec les tissus, mais les méthodes sont loin d’être aussi subtiles que ce qui est nécessaire pour s’accorder avec le qi et le manipuler directement. Le développement des tissus mous et des fluides est donc précisément ce qui vous prépare à acquérir le contrôle de votre énergie au cours des étapes ultérieures. La bonne nouvelle est que, puisque les fluides influencent le qi plus profondément que la chair, un autre saut extraordinaire en qi est généré pour votre effort. Cette amplification exponentielle de l’énergie se reproduira lorsque vous parviendrez à intégrer les deux premières couches de pratique dans vos formes : car la synergie est supérieure à la somme de ses parties.

Niveau 3 : Le développement du qi / énergie

De nombreux étudiants sont tentés par la perspective de travailler avec le qi, mais la plupart d’entre eux ne comprennent pas bien les nombreux niveaux qui composent le développement énergétique.

Les niveaux d’introduction se concentrent sur le développement du qi à travers :

  • les tissus mous
  • Les nerfs
  • Les fluides

C’est également à ce troisième niveau de pratique qu’entrent en jeu des techniques plus spécifiques permettant d’agir sur les canaux énergétiques superficiels et plus profonds, notamment :

  • Le champ éthérique
  • L’énergie de la peau
  • Les lignes méridiennes
  • L’intégralité du wei qi
  • l’énergie des muscles, des tendons et des ligaments.
  • Manipulation des canaux d’énergie gauche, droit et central
  • Combiner l’ensemble de la matrice énergétique dans les orbites macrocosmique et microcosmique.
  • Développer l’énergie du tantien inférieur.

Ici, l’accent est radicalement déplacé du mouvement du corps pour influencer le qi au mouvement du qi pour influencer le corps.

Du point de vue du neigong taoïste, c’est le qi qui dicte au corps ce qu’il doit faire, et non l’inverse, de sorte que la subtilité et la sensibilité doivent être développées à un haut degré pour s’engager véritablement dans ce niveau de pratique… et cela ne se fait pas du jour au lendemain ou sans l’apport direct d’un enseignant expérimenté qui vous aide à naviguer dans vos pièges personnels ! Ce n’est pas que vous ne pouvez pas comprendre ou rationaliser le résultat ; c’est que vous devez être capable de ressentir (par la perception directe) assez profondément pour entrer en contact avec votre qi aussi clairement que vous pourriez ressentir un pincement sur votre peau. Cependant, tant que les deux premiers niveaux ne sont pas développés à un degré raisonnable, vous avez affaire à beaucoup trop de tension dans les nerfs et les tissus mous pour pouvoir fusionner le corps et le qi, et finalement initier un mouvement à partir du qi avec le corps qui suit.

La lenteur mène au bonheur

Le meilleur conseil que je puisse vous donner est d’y aller lentement et de ne pas être pressé d’aller directement vers votre qi. Le temps que vous passerez à travailler avec vos tissus mous et à vous concentrer sur eux, ainsi que d’autres exercices d’initiation, comme la respiration et la pratique de la méditation, vous serviront et vous propulseront vers plus d’unité, plus d’intégration et plus de paix intérieure.

Extrait du blog de Paul Cavel

Traduction Xavier Bénard

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