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Qi Gong Ciel et Terre, de la forme au travail interne.

22 Mar 2023

Symbole du Yin et du Yang illustrant le Qi Gong Ciel et Terre

Par Xavier Bénard

Le Qi Gong Ciel et Terre (Heaven and Earth Qigong), parfois traduit par « Mariage du Ciel et de la Terre », fait partie des systèmes enseignés dans la tradition de l’Eau transmise par Bruce Frantzis.

À première vue, sa forme paraît relativement simple. Pourtant, cette simplicité extérieure permet justement d’aller progressivement vers un travail interne beaucoup plus profond.

C’est l’un des aspects que j’apprécie particulièrement dans ce système : au lieu d’accumuler les mouvements, on répète une structure assez sobre pour apprendre à sentir, intégrer et affiner ce qui se passe à l’intérieur du corps.

Un Qi Gong simple dans sa forme, profond dans son contenu

Ciel et Terre repose sur un enchaînement relativement court.

Cette simplicité permet de réduire progressivement l’attention portée à la mémorisation de la forme pour la diriger vers les sensations, les alignements, les tissus, la respiration et les principes internes.

Dans les arts internes, c’est un point essentiel : connaître un mouvement ne signifie pas encore l’avoir réellement intégré.

Avec la répétition, un même geste peut devenir le support d’un travail de plus en plus fin.

Le pratiquant commence par organiser la structure du corps, puis il apprend progressivement à relâcher, étirer, ouvrir et fermer les tissus, coordonner la respiration et percevoir plus précisément les changements internes produits par le mouvement.

De la forme extérieure au Neigong

Le Qi Gong Ciel et Terre constitue une étape intéressante pour comprendre la différence entre Qi Gong et Neigong.

Le Qi Gong fournit la forme, le mouvement et le cadre de pratique.

Le Neigong correspond davantage au travail interne que l’on apprend progressivement à placer à l’intérieur de cette forme : alignements, relâchement, ouverture et fermeture, respiration, circulation du mouvement dans les tissus et perception du Qi selon le cadre traditionnel des arts internes chinois.

La forme reste donc la même, mais son contenu change avec l’expérience.

C’est ce qui rend ce type de pratique particulièrement intéressant : on n’apprend pas nécessairement davantage de mouvements, on apprend à approfondir ceux que l’on connaît déjà.

Construire les principes internes couche après couche

Dans Ciel et Terre, le travail se développe progressivement.

On peut commencer par la posture et les alignements, puis ajouter peu à peu d’autres éléments : les étirements internes, les torsions, l’ouverture et la fermeture des articulations et des tissus, la respiration ou encore la coordination entre les différentes parties du corps.

Chaque principe vient s’ajouter aux précédents.

L’objectif n’est donc pas de penser simultanément à une multitude de consignes, mais de laisser chaque élément devenir progressivement plus naturel.

Lorsque l’un de ces principes commence à être suffisamment intégré, il devient possible d’en ajouter un autre sans perdre ce qui a déjà été construit.

Cette progression est typique du Neigong : accumuler de la profondeur plutôt qu’accumuler des techniques.

Ouverture, fermeture et pulsation

L’un des éléments importants de cette pratique est le travail d’ouverture et de fermeture.

Dans les arts internes, il ne s’agit pas simplement d’écarter ou de rapprocher les bras.

L’ouverture et la fermeture peuvent progressivement être ressenties dans les articulations, les tissus et différentes parties du corps.

Avec la pratique, le mouvement extérieur devient alors l’expression d’un changement plus global à l’intérieur du corps.

Cette alternance est parfois décrite comme une forme de pulsation.

Le corps apprend à s’ouvrir, se relâcher, se refermer puis s’ouvrir à nouveau, de manière coordonnée et continue.

Étirement interne et circulation du mouvement

Un autre aspect essentiel de Ciel et Terre concerne les étirements.

Ils ne sont pas recherchés comme dans un exercice classique de souplesse où l’on cherche simplement à aller plus loin dans une amplitude.

Le travail consiste plutôt à créer progressivement des connexions à travers le corps.

Lorsque la structure s’organise mieux et que les tissus se relâchent, le mouvement peut se transmettre plus facilement d’une partie du corps à une autre.

Dans le langage traditionnel des arts internes, cette continuité est également associée à une circulation plus fluide du Qi.

La respiration dans Ciel et Terre

La respiration peut elle aussi être progressivement intégrée au mouvement.

Au début, il est généralement préférable de laisser la respiration rester naturelle.

Lorsque la forme devient plus familière et que le corps se relâche davantage, respiration et mouvement peuvent progressivement commencer à se coordonner.

Le but n’est pas de forcer un rythme respiratoire particulier, mais de laisser respiration, mouvement et relâchement fonctionner de manière de plus en plus harmonieuse.

Un pont vers les arts internes plus avancés

Dans la progression enseignée dans la tradition de l’Eau, Ciel et Terre permet d’aborder de nombreux principes que l’on retrouve ensuite dans le Tai Chi, le Bagua et des formes de Neigong plus avancées.

On peut notamment y explorer progressivement :

• les alignements ;
• les flexions et les étirements ;
• les torsions et les mouvements spiralés ;
• l’ouverture et la fermeture ;
• la respiration ;
• la coordination globale du corps ;
• la perception et la circulation du Qi dans le cadre traditionnel ;
• le travail du centre et du Dantian inférieur.

Selon le niveau de pratique et l’enseignement reçu, d’autres dimensions énergétiques peuvent ensuite être explorées.

Mais l’essentiel reste toujours le même : ne pas chercher à aller plus loin avant d’avoir réellement intégré les principes précédents.

La répétition comme outil d’apprentissage

Dans une pratique comme Ciel et Terre, la répétition n’est pas simplement une manière de mémoriser le mouvement.

Elle constitue l’outil principal d’apprentissage.

Chaque répétition permet d’observer davantage : une tension qui disparaît, une articulation qui s’ouvre différemment, une meilleure continuité du mouvement ou une respiration plus naturelle.

Peu à peu, l’attention quitte la forme extérieure pour entrer davantage dans le fonctionnement du corps.

C’est souvent à ce moment-là que la pratique commence véritablement à devenir interne.

Faire moins pour sentir davantage

Ciel et Terre illustre particulièrement bien un principe que l’on retrouve dans de nombreux arts internes chinois.

La richesse d’une pratique ne vient pas nécessairement du nombre de mouvements que l’on connaît.

Elle vient de la profondeur avec laquelle on est capable d’habiter un mouvement.

Une forme simple peut ainsi devenir un véritable laboratoire pour explorer la structure, le relâchement, les tissus, la respiration et, progressivement, les dimensions énergétiques décrites par la tradition.

C’est cette approche du Qi Gong et du Neigong que j’explore et transmets également dans mes cours de Qi Gong au Havre, ainsi qu’à distance en visioconférence.

Xavier Bénard

Article inspiré des enseignements de Paul Cavel sur le système Heaven and Earth Qigong et la progression du Neigong dans la tradition de l’Eau de Bruce Frantzis. Les notions de Qi, de Dantian et de circulation énergétique présentées ici appartiennent au cadre traditionnel des arts internes chinois.

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