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xavier bénard coach de vie
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Pourquoi avons-nous peur de changer même quand nous voulons vraiment changer ?

28 Sep 2026

Une personne hésite face à un passage vers l’inconnu, illustration de la peur du changement

Il y a un paradoxe que je rencontre souvent dans l’accompagnement.

Nous pouvons savoir exactement ce que nous aimerions changer.

Nous pouvons comprendre qu’un comportement, une relation ou une manière de fonctionner ne nous convient plus.

Nous pouvons même être profondément motivés.

Et pourtant, au moment de changer réellement, quelque chose résiste.

Une hésitation apparaît. Une peur. Une envie de revenir en arrière. Une bonne raison d’attendre encore un peu.

Et parfois cette question :

« Pourquoi ai-je peur de changer alors que c’est précisément ce que je veux ? »

Cette contradiction n’est peut-être pas aussi étrange qu’elle en a l’air.

Car changer ne signifie pas seulement aller vers quelque chose que nous désirons.

Changer signifie également quitter quelque chose que nous connaissons.

Et entre un inconfort connu et un avenir encore incertain, une partie de nous peut préférer ce qu’elle connaît déjà.

Vouloir changer et avoir peur de changer peuvent coexister

Nous avons parfois tendance à penser que si nous voulons vraiment quelque chose, nous devrions avancer sans hésitation.

Mais deux mouvements peuvent parfaitement exister en même temps.

Une partie de nous peut dire :

« Je veux que ça change. »

Et une autre :

« Oui… mais qu’est-ce qui va se passer si ça change vraiment ? »

Prenons quelqu’un qui souhaite davantage s’affirmer.

Il veut apprendre à dire non, exprimer ses besoins et poser ses limites.

Consciemment, ce changement lui paraît souhaitable.

Mais s’il a appris au cours de son histoire que s’affirmer risque de provoquer un conflit, de décevoir ou de perdre l’affection de quelqu’un, dire non ne représente pas seulement une nouvelle compétence.

Cela peut également représenter un risque.

Le problème n’est donc pas nécessairement :

« Est-ce que je veux changer ? »

Il peut être :

« Qu’est-ce que je crois qu’il pourrait arriver si je changeais vraiment ? »

Le connu peut être inconfortable… et pourtant rassurant

Nous associons généralement la sécurité à quelque chose d’agréable.

Mais psychologiquement, ce qui est familier possède un avantage considérable : nous savons à peu près comment fonctionner à l’intérieur.

Une personne peut ne plus supporter de toujours chercher l’approbation des autres.

Mais elle connaît parfaitement ce fonctionnement.

Elle sait observer les réactions, s’adapter, éviter de déplaire, anticiper ce que l’autre attend.

Une autre personne peut souffrir de son besoin de tout contrôler.

Mais contrôler lui donne peut-être l’impression de réduire l’incertitude.

Une autre encore peut éviter certaines situations par peur d’échouer.

Elle souffre de cet évitement, mais tant qu’elle n’essaie pas, elle évite aussi de découvrir ce qui se passerait réellement.

L’ancien fonctionnement peut donc avoir un coût important tout en procurant une forme de sécurité ou de prévisibilité.

C’est l’un des paradoxes du changement :

ce qui nous limite peut également être ce qui nous rassure.

Derrière la peur du changement se trouve parfois la peur de ce qu’il pourrait provoquer

La peur du changement n’est pas toujours une peur vague de « changer ».

Elle peut devenir beaucoup plus compréhensible lorsque nous cherchons ce que ce changement signifie concrètement.

Imaginons quelqu’un qui souhaite quitter un travail qui ne lui convient plus.

Il peut désirer profondément partir.

Mais derrière ce changement peuvent apparaître plusieurs questions :

« Et si je ne retrouvais rien ? »

« Et si je regrettais ma décision ? »

« Et si je gagnais moins ? »

« Et si je découvrais que je ne suis pas capable de faire autre chose ? »

Le changement souhaité entre alors en conflit avec ce que la personne cherche à préserver : sécurité financière, image de soi, reconnaissance, stabilité familiale ou sentiment de compétence.

La résistance devient plus compréhensible.

Elle n’est plus simplement :

« Je n’arrive pas à changer. »

Elle devient :

« Une partie de moi anticipe un risque associé à ce changement. »

Et cela ouvre déjà une autre manière de travailler.

Nos croyances peuvent transformer le changement en danger

Ce que nous anticipons dépend en partie de ce que nous croyons.

Si je crois :

« Si je déçois quelqu’un, il va me rejeter. »

poser une limite peut devenir menaçant.

Si je crois :

« Si j’échoue, cela prouvera que je ne suis pas à la hauteur. »

essayer quelque chose de nouveau devient risqué.

Si je crois :

« Je dois garder le contrôle pour que tout se passe bien. »

l’incertitude devient difficile à tolérer.

La situation extérieure n’est donc qu’une partie de l’équation.

Ce qui compte également, c’est la signification que nous donnons à ce qui pourrait arriver.

C’est pourquoi certaines peurs du changement deviennent beaucoup plus compréhensibles lorsque nous découvrons les croyances qui les accompagnent.

J’explore plus précisément ce mécanisme dans Comment se forment les croyances limitantes et pourquoi nous empêchent-elles de changer ?

Il existe aussi une peur plus profonde : qui vais-je devenir ?

Dans mon article sur les schémas répétitifs, j’évoquais cette question :

« Qui serais-je sans l’histoire que je me raconte ? »

Elle devient particulièrement intéressante lorsqu’on parle de changement.

Car certains fonctionnements nous accompagnent depuis si longtemps qu’ils ne ressemblent plus seulement à des comportements.

Ils deviennent une partie de notre identité.

« Je suis timide. »

« Je suis anxieux. »

« Je suis quelqu’un qui manque de confiance. »

« Je suis toujours celui qui s’occupe des autres. »

« Je suis quelqu’un qui doit tout contrôler. »

Nous pouvons alors vouloir nous libérer d’un fonctionnement tout en éprouvant une étrange incertitude à l’idée de ne plus être cette personne.

Si je ne fonctionne plus comme avant, qui vais-je être ?

Changer peut alors impliquer de quitter non seulement une habitude, mais également une certaine représentation de soi.

Et derrière cette ancienne identité se trouve un territoire encore peu connu.

Ce mécanisme rejoint directement ce que j’explore dans Pourquoi je répète toujours les mêmes schémas ?

Nous pouvons aussi avoir peur que le changement fonctionne

On parle beaucoup de la peur de l’échec.

Mais parfois, une autre question mérite d’être posée :

« Et si ça marchait ? »

Imaginons une personne qui souhaite réellement développer son activité professionnelle.

Elle peut avoir peur d’échouer.

Mais réussir pourrait également signifier davantage de responsabilités, davantage de visibilité, des décisions plus importantes, moins de temps disponible ou un changement dans certaines relations.

De la même manière, apprendre à poser ses limites peut améliorer une relation.

Mais cela peut également révéler que certaines personnes acceptaient surtout la relation tant que nous ne posions pas de limites.

Le changement peut donc avoir des conséquences.

Certaines sont souhaitées.

D’autres sont inconnues.

Et parfois, ce n’est pas seulement l’échec que nous craignons.

C’est tout ce que la réussite pourrait nous obliger à changer ensuite.

La peur n’est pas forcément le signal qu’il faut s’arrêter

Lorsqu’une peur apparaît devant un changement, nous pouvons facilement l’interpréter comme un message :

« Ce n’est peut-être pas une bonne idée. »

Mais la peur ne nous renseigne pas toujours sur la pertinence du changement.

Elle peut simplement nous indiquer que nous nous approchons de quelque chose qui remet en question nos repères habituels.

Cela ne signifie pas qu’il faille ignorer toutes nos peurs ou foncer systématiquement malgré elles.

Certaines peurs nous donnent des informations importantes.

Mais plutôt que de leur obéir automatiquement, nous pouvons commencer par les écouter autrement.

Au lieu de demander uniquement :

« Comment faire disparaître cette peur ? »

nous pouvons demander :

« De quoi cette peur cherche-t-elle à me protéger ? »

Puis :

« Qu’est-ce que je crois qu’il pourrait arriver si je changeais vraiment ? »

La peur devient alors une information à explorer plutôt qu’un obstacle à combattre.

Quelques questions pour explorer votre propre résistance au changement

Pensez à quelque chose que vous aimeriez réellement changer.

Puis prenez quelques instants pour vous poser ces questions :

Qu’est-ce que j’aimerais changer ?

Qu’est-ce qui m’empêche aujourd’hui de le faire complètement ?

Si je changeais vraiment, qu’est-ce qui pourrait devenir inconfortable ou incertain ?

Qu’est-ce que je risque de perdre ?

Qu’est-ce que mon fonctionnement actuel me permet encore d’éviter ?

Qu’est-ce qu’il me permet de préserver ?

Puis imaginez que le changement soit réellement accompli.

Et demandez-vous :

« Si ce problème n’existait plus, qu’est-ce qui serait différent dans ma vie ? »

Et peut-être plus profondément :

« Qui serais-je si je n’avais plus besoin de fonctionner comme cela ? »

Il n’est pas nécessaire d’obtenir immédiatement une réponse.

La question elle-même peut déjà révéler que la difficulté n’est pas forcément là où nous pensions qu’elle était.

Changer ne signifie pas nécessairement supprimer la peur avant d’agir

Nous attendons parfois de nous sentir parfaitement prêts.

De ne plus avoir peur.

De ne plus douter.

D’être certains.

Mais cette certitude peut ne jamais arriver avant l’expérience.

Parfois, c’est justement une nouvelle expérience qui permet à notre perception de changer.

Dire non une première fois et découvrir que nous pouvons supporter la réaction de l’autre.

Prendre la parole malgré l’appréhension et constater que nous sommes capables de traverser l’inconfort.

Faire un choix différent et observer que les conséquences imaginées ne se produisent pas nécessairement.

Chaque expérience peut progressivement apporter de nouvelles informations.

L’ancien fonctionnement disait peut-être :

« C’est dangereux. »

L’expérience peut commencer à répondre :

« Peut-être pas autant que je le croyais. »

C’est ainsi qu’un changement peut progressivement devenir possible.

Et si votre résistance avait quelque chose à vous apprendre ?

Lorsque nous voulons changer et que quelque chose résiste, notre premier réflexe peut être de nous en vouloir.

De penser que nous manquons de volonté.

Que nous procrastinons.

Que nous nous sabotons.

Mais une autre approche consiste à devenir curieux.

Qu’est-ce qui rend encore mon ancien fonctionnement nécessaire ?

Qu’est-ce que je cherche à préserver ?

Quel risque est-ce que j’associe au changement ?

Et finalement :

« De quoi aurais-je besoin pour pouvoir avancer sans avoir besoin de cette ancienne protection ? »

À partir de là, la résistance n’est plus nécessairement notre ennemie.

Elle peut devenir une porte d’entrée pour comprendre ce qui nous retient réellement.

Car parfois, nous ne sommes pas bloqués parce que nous ne voulons pas suffisamment changer.

Nous sommes bloqués parce qu’une partie de nous n’a pas encore découvert qu’elle peut peut-être avancer autrement.


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